Prison à vie requise contre Athanase Seromba, le premier prêtre catholique
jugé
*(*Xinhuanet* 28/06/2006)
Le bureau du procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR)
a requis mardi la prison à vie contre l'abbé Athanase Seromba, accusé
notamment de génocide et premier prêtre catholique jugé par cette
juridiction.
La prison à vie est la peine maximale devant cette juridiction des Nations
unies.
L'abbé Seromba, un Hutu de 43 ans, est accusé d'entente en vue de commettre
le génocide, de génocide, de complicité de génocide et d'extermination. Il
répond notamment du massacre de près de 2.000 fidèles tutsis qui avaient
cherché refuge dans son église de Nyange (ouest) en avril 1994.
"Seromba est responsable de la mort de toutes ces personnes", a plaidé
Gregory Townsend, un des quatre représentants du procureur dans cette
affaire.
Selon M. Townsend, l'abbé a ordonné à un conducteur de bulldozer de détruire
l'église à la mi-avril 1994.
"Non seulement, il a donné l'ordre mais il aussi payé pour ce faire et
supervisé l'exécution de son ordre. Après la destruction, il a distribué de
la bière, en guise de récompense", a poursuivi le représentant du procureur.
"Seromba était la manifestation physique de l'autorité morale de l'Eglise
catholique" dans cette région, a estimé M. Townsend, affirmant que la
commune de Kivumu abritant l'église de Nyange était à 85% chrétienne.
Plaidant l'innocence de son client, Me Patrice Monthé a nié que l'abbé ait
eu les pouvoirs de prévenir ou d'arrêter les massacres dans l'église.
Me Monthé a accusé les médias, les autorités rwandaises et l'organisation de
défense des droits de l'homme African Rights, d'avoir déjà condamné le
prêtre avant l'issue de son procès.
"Même si vous l'acquittez, il restera dans certains esprits que c'est un
génocidaire", a affirmé l'avocat.
Le 28 mars, le témoin Anastase Nkinamubanzi, qui conduisait le bulldozer qui
a démoli l'édifice, avait affirmé que l'abbé ne lui avait pas donné l'ordre
de détruire l'église.
Chargé de rechercher et juger les principaux responsables présumés du
génocide d'avril à juillet 1994 qui a fait, selon l'Onu, près de
800.000tués, essentiellement des membres de la minorité tutsie.
L'abbé Seromba plaide non coupable. Les plaidoiries se poursuivaient mardi
en fin d'après-midi. La date du verdict n'a pas encore été fixée.
Le rôle de l'Eglise, et notamment de l'Eglise catholique, dans le génocide
de 1994 au Rwanda suscite de vives polémiques. Selon l'organisation
non-gouvernementale African Rights, plus de Rwandais ont péri dans les
paroisses (église et les bâtiments qui l'entourent) que partout ailleurs
dans le pays.
Chargé de rechercher et juger les principaux responsables présumés du
génocide de 1994, le TPIR, basé à Arusha, dans le nord de la Tanzanie, a
prononcé à ce jour 25 condamnations et trois acquittements.
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Eugene Shimamungu